La violence fondée sur le genre dans l'espace public en Tunisie

Le CREDIF a réalisé avec l’appui de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONUFemmes) , une étude nationale sur « la violence fondée sur le genre dans l’espace public en Tunisie », afin de produire un savoir scientifique et statistique sur le phénomène de la violence dans la sphère publique, en identifiant  ses différentes formes, sa prévalence ainsi que les stratégies élaborées par les femmes pour pouvoir accéder à cet espace.Il a été question dans cette étude de :

  • Décrire et quantifier les violences selon l’espace public en question : il s’agit de décrire les différentes formes de violences rencontrées par les femmes selon les types d’espaces publics :
    • les espaces de transit : la rue comme lieu de passage,
    • les moyens de transport comme lieu de transit et moyen de mobilité,
    • les espaces récréatifs ou de loisirs,
    • et les espaces professionnels et de services.
  • Explorer la logique sociale qui « justifie » les actes de violence et les normalise à travers l’étude des représentations sociales des femmes dans l’espace public.

Les violences fondées sur le genre sont définies en se basant sur l'approche genre qui nous met sur une piste de compréhension sociale, culturelle et historique des violences faites aux femmes. En effet, celle-ci met l'accent sur les caractéristiques socioculturelles attribuées au sexe biologique. Pour ce qui est des définitions de l’espace public, nous avons focalisé l'attention principalement sur les quatre types d'espaces publics précédemment cités.

Nous avons exploré en particulier :

  • toute restriction (comparativement aux hommes) ou discrimination à l'accès aux espaces d'autonomisation (éducation, formation professionnelle, travail).
  • toute restriction (comparativement aux hommes) ou discrimination à l'accès aux espaces de réalisation de soi, de loisirs et de participation active à la vie sociale (participation à des activités associatives, syndicales, politiques, sportives et de navigation sur Internet).
  • tout acte de violence s'intégrant dans les quatre types de violences suivants :
  • Psychologiques : insulter, dire quelque chose de déplaisant, dénigrer/ rabaisser…
  • Sexuelles : importuner, siffler, se déshabiller devant quelqu'un, tenter de toucher, toucher…
  • Physiques : gifler, attaquer avec des armes ou un couteau, pousser, bousculer…
  • Economiques : dénigrer le travail de l'autre, sous-payer, dévaluer le travail de l'autre, faire pression…

 

La méthodologie

La conduite d’un atelier de réflexion était la première activité organisée dans le cadre de ce projet. Plusieurs intervenants ont été impliqués dans la réflexion au tour du cadre théorique et conceptuel de l’étude. Cet atelier était précédé par des Focus Groups qui ont été programmés dans ce projet en tant que pré-enquête préparant l'enquête nationale quantitative sur « la violence fondée sur le genre dans l'espace public en Tunisie », ceci a permis d’identifier les indicateurs de la violence fondée sur le genre spécifique aux différents types d’espaces publics choisis. C’est ainsi qu’il a été considéré comme actes de violence à l'égard des femmes toutes les conduites sociales et comportements individuels qui consacrent la domination masculine et la discrimination des femmes.

L’investigation empirique a été menée en 2015, elle a comporté, une enquête nationale quantitative avec un échantillon représentatif de la population tunisienne effectuée en étroite collaboration avec l’Institut National de la Statistique, il est composé de 3873 personnes dont 2873 femmes et 1000 hommes répartis selon les 7 régions économiques (Grand Tunis, Nord-est, Nord-ouest, Centre-est, Centre-ouest, Sud-est et Sud-ouest) et la zone géographique (urbain, rural).

Afin de renforcer les résultats de l'enquête quantitative de façon à en approfondir les résultats et à en préciser les aspects non explorables quantitativement, une enquête qualitative a été réalisée dans plusieurs régions et a porté sur 23 femmes et 14 hommes.

Résultats

 Prévalence des violences dans l'espace public

53.5% des femmes concernées par l'enquête disent avoir subi une forme de violence dans un espace public pendant les quatre dernières années (2011-2015). Ce chiffre inclue les femmes qui travaillent et celles qui ne travaillent pas, celles qui se déplacent à l’intérieur des grandes villes ou entre les villes et celles qui ne se déplacent pas beaucoup.

78% des femmes concernées par l'enquête disent avoir subi une forme de violence psychologique dans l'espace public,

41.2% des femmes ont subi des violences physiques et 75.4% des violences sexuelles.

 

 

 

 

 

 

 

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